38. Andrée Chedid:
Le sixième jour
écrit: 1960
(121 pages)
lu en août 2014
résultat: *** LIKE
Avec Le sixième jour on avait choisi pour la première fois un récit dont l'action se déroule dans le monde arabe, ce qui était intéressant, car nous ne connaissions pas encore cette littérature. Andrée Chedid (1920-2011) est née et a vécu longtemps en Egypte, donc on peut supposer qu'elle connaissait bien les gens, leurs coutumes et le paysage de ce pays.
C'est l'histoire de la vieille Om Hassan qui apprend que son petit-fils est tombé malade du choléra. Comme elle n'a pas de confiance dans la médecine, elle veut à tout prix éviter que les autorités lui enlèvent l'enfant pour le traiter à l'hôpital. Ainsi commence la fuite désespérée des deux, des petites ruelles suffocantes de la ville jusqu'aux rives du Nile, pour embarquer dans un voyage vers la mer.
Le tragique de l'histoire est l'ignorance de la vieille femme, qui s'accroche désespérément à l'espoir superstitieux qu'après six jours, le petit sera miraculeusement guéri du choléra ou bien sera mort. Comme la situation dans les hopitaux au milieu du XXe siècle était surement encore plus intimidante qu'aujourd'hui, on comprend la peur et le désespoir d'Om Hassan. Mais malgré son amour et ses bonnes intentions, elle fait des erreurs fatals. Cette vieille femme sans éducation ne pouvait savoir ce que le lecteur moderne reconnaît bien vite, notamment que ses actions, ne pas donner à boire au malade et le cacher sous des couvertures dans une chambre mal-airée, sont néfastes. Malheureusement, son amour et la fuite vers la mer ne seront pas assez pour vaincre la maladie.

L'action se déroule pendant six jours, lors desquels Om Hassan rencontre divers personnages typiques d'Egypte. D'un côté, il y a l'étudiant de droit, un riche intellectuel européen qui montre de la compassion pour la femme pauvre, de l'autre côté, il y a le montreur de singe, dont le nom Okkasionne explique aptement qu'il s'agit d'un désagréable opportuniste qui profite du choléra pour dénoncer les malades contre rémunération aux autorités. Finalement, il y a le capitaine du bateau, qui représente l'homme libre vivant loin des grandes villes. C'est lui qui montre l'attitude la plus tolérante et sympathique envers les problèmes d'Om Hassan.
Nous ne savions pas à quoi s'attendre au début, et nous espérions tout le long du récit que l'histoire aboutirait à une bonne fin, mais Chedid avait opté pour le réalisme, aussi cruel qu'il soit. Il faut encore dire qu'Om Hassan nous inspirait de la compassion, mais qu'en fin de compte le personnage ne nous était pas vraiment sympatique, car c'est surtout à cause de sa superstition et de son refus obstiné de faire face aux demandes de la maladie de son petit-fils qu'elle le condamne à la mort. Les décisions d'amour sont certes difficiles à prendre, au temps du choléra. Voilà de quoi discuter longuement.
Histoire triste, mais belle, un panorama des moeurs et des gens de l'Egypte, c'est de nouveau un LIKE.
Extrait du livre:
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