logo
Search:

23. Andréi Biély:
 
Pétersbourg


écrit: 1913
titre original: Петербург (russe)
(306 pages)
 
lu en avril 2014
résultat: **** LIKE

 
On a d'abord hésité un peu de choisir le roman Pétersbourg de l'auteur russe Andréi Biély (1880-1934), car Wikipédia, tout en faisant l'éloge du roman, l'a comparé à Ulysses de James Joyce et nous n'avions pas trop bonne mémoire de ce bouquin. En fait, on n'a pas réussi à lire plus qu'une vingtaine de pages de ce soi-disant classique incontournable. Mais heureusement cette comparaison ne nous a pas dissuadées de l'entamer, car l'histoire nous a beaucoup plu et nous avons persisté jusqu'au bout. Pétersbourg raconte les événements dramatiques qui se déroulent dans une famille de la haute bourgeoisie en 1905, année d'une révolution échouée. Pendant quelque 48 heures, on suit Abléoukhov père et fils dans leurs rencontres avec plusieurs personnages forts dubiteux, où on se demandait souvent si c'étaient des révolutionnaires ou peut-être, malgré tout, contre-espions de la police secrète.
 
Au début, il fallait s'habituer un peu à la forme et le style du roman, car la narration n'est pas strictement linéaire ou même chronologique. Les chapitres sont plutôt courts et des chapitres consécutifs nous montrent souvent la même scène du point de vue d'un autre personnage. Par conséquent l'action saute souvent en avant ou en arrière dans le temps et à chaque nouveau sous-chapitre il faut se demander au début qui est le protagoniste et à quel moment précis dans le temps se situe la scène. Avant de réaliser cette difficulté, on avait un peu de mal à comprendre le fil de l'action, mais au fur et à mesure qu'on s'immergeait dans l'histoire, l'intrigue devenait de plus en plus claire. Cette façon de dévier de la narration linéaire est un style littéraire très moderne, et on était surpris que Biély l'avait déjà emprunté (ou même inventé lui-même?) en 1912, montrant qu'il était bien en avance sur son temps dans plus d'un aspect.
 
Une autre technique que l'auteur utilise sont des phrases souvent répétées, ce qui est parfois un peu énervant, mais pour la plupart du temps, ces répétitions paraissent comme le refrain d'une chanson, ce qui donne un caractère poétique au roman et nous plait beaucoup. Par ce biais aussi, l'auteur recrée pour le lecteur les pensées des différents personnages: ceux-ci utilisent les mêmes phrases pour décrire une même scène, bien que normalement on ne l'écrive pas tel-quel en littérature. Très avant-garde, quoi.
 
A propos des pensées des personnages, du jeu cérébral, comme l'a nommé Biély, il faut encore remarquer que cette façon très intime aide beaucoup à faire comprendre les différentes facettes des caractères. Une personne qui est vue dans une scène par les yeux de quelqu'un qui la déteste semble dans un premier temps horrible et méchante, mais dès qu'on lit l'histoire par le propre point de vue de cette personne, on commence à comprendre ses motifs. L'auteur fait voir au lecteur que tout est relatif, une notion bien à la mode lors de la parution de Pétersbourg.
 
Une des scènes les plus fortes du roman est sûrement celle où le révolutionnaire Doudkine, qui se sent souvent observé, rencontre finalement son poursuivant, et pendant leur conversation, il commence à comprendre que cette personne n'existe que dans son imagination. Néanmoins, cette révélation ne le sauvera pas de la folie schizophrénique dans laquelle il sombrera complètement à la fin. La scène nous rappelait immédiatement le biopic A beautiful mind, qui explore la maladie du mathématicien John Nash. Bien que Biély ait eu un vif intérêt pour la science, la précision avec laquelle il sait décrire l'aspect mental de Doudkine est surprenante car au début du XXe siècle, la schizophrénie venait juste d'être analysée et décrite par les médecins-psychiatres.
 
L'intérêt scientifique de Biély est présent tout au long du roman, à noter la psychologie (schizophrénie de Doudkine et jalousie de Likhoutine), les mathématiques (l'obsession des formes géométriques d'Abléoukhov) ou encore la physique et technique (la bombe). Comme nous adorons explorer des questions scientifiques, surtout d'un angle historique, ces éléments ont fortement enrichi notre lecture.
 
Une dernière petite remarque concerne l'épilogue de l'histoire qui à notre avis n'aurait pas été nécessaire. La phrase finale du dernier chapitre était tellement forte que le roman aurait dû s'arrêter là. Mais à part ça, c'est un LIKE absolu.
 
Extrait du livre:
 
 

 

Book 22                              Table of Contents 1                              Book 24