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մի քիչ առէվ. Un livre pour enfants ayant appartenu à Rosemarie Kieffer


 
Il arrive parfois que le déchiffrement d’un document représente un défi particulier. Et contrairement aux idées reçues, les manuscrits anciens (dont les écritures, certes, peuvent se révéler hermétiques) ne sont pas les seuls concernés; il n’est pas rare que des imprimés beaucoup plus récents s’avèrent tout aussi énigmatiques. La bibliothèque privée de Rosemarie Kieffer (CNL RMK) nous en livre un exemple.
 
Il sʼagit dʼun livret de six pages, que ses illustrations riches en couleurs semblent destiner à un public de jeunes lecteurs. Mais quel est son titre et qui en est lʼauteur? L'alphabet employé n’est ni latin, ni cyrillique. Serait-ce une calligraphie arabe particulière? Rosemarie Kieffer entretenait en effet des contacts avec des auteurs originaires d’Irak jusqu’au Maroc. À bien y regarder, ce n’est pas le cas. Pourrait-il s’agir des langues éthiopienne, géorgienne ou mongole? Toujours pas.
 
Une origine eurasiatique semble pourtant logique. Sa vie entière, Rosemarie Kieffer fut passionnée de culture russe. À lʼâge de quinze ans, elle consacra un exposé à Dmitri Chostakovitch et Maxim Gorki (CNL, Fonds Rosemarie Kieffer, L-57; I.1.6); lors de ses études de langue française à la Sorbonne, elle suivit des cours de russe et en donna elle-même plus tard en tant que professeure de français au Lycée Robert-Schuman à Luxembourg; en 1974, elle œuvra à la création du Centre Pouchkine à Luxembourg, dont elle devint la première directrice et, entretenant une correspondance régulière avec les jeunes écrivains de lʼURSS, elle publia maints articles sur la littérature soviétique (voir Sandra Schmit: «Luxemburgisch-kirgisische Literaturkontakte», dans: La Dédicace, 2013.) Sa bibliothèque privée contient aussi de nombreux romans et recueils de poèmes dʼauteurs soviétiques en herbe, dédicacés à la poétesse luxembourgeoise.
 
Revenons-en à notre ouvrage. Une étude plus approfondie de l'achevé d'imprimer révèle quelques lignes en langue russe, qui dévoilent un nom de femme (Anna Grigorevna Petrosyan), une maison d’édition (Éditions Ayastan), un lieu (Erevan) et une date (1971). Un livre en arménien, donc ! Une recherche sur internet nous apprend qu’Anna Petrosyan fut une actrice de théâtre soviétique, née en 1933 et engagée au Théâtre dramatique Hrachya Ghaplanyan à Erevan depuis 1967. Elle se fit également un nom comme autrice de romans, de tragédies – sa pièce Les Amazones fut montée en 1978 – et, à la fin de sa vie, comme historienne, grâce à la publication d’une histoire de lʼArménie en plusieurs tomes (2008-2014). Pour ce qui est de notre livre pour enfants, il sʼagit de sa deuxième publication, Mi kʼitchʼ arev, ou, en français, Un rayon de soleil.
 
Malheureusement, il n’existe aucune autre trace de contact entre les deux femmes de lettres. Au début des années 1970, Kieffer avait pourtant effectué le tour des républiques caucasiennes. Peut-être Petrosyan fit-elle alors partie des « amis arméniens » qui lui présentèrent la capitale de lʼRSS dʼArménie, lui montrèrent ses parcs et monuments et même une école spécialisée dans lʼenseignement du français, dont les élèves «savaient encore réciter par cœur les extraits de La Chèvre de M Seguin appris au cours de lʼannée scolaire précédente» (Nouvelle Europe, no 9, 1974, p. 28) ? Nous l’ignorons. Pour l’heure, Un rayon de soleil demeure lʼunique et charmant souvenir de lʼintérêt de Rosemarie Kieffer pour cette culture si peu connue dans nos régions.
 

 

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